Editions Picquier Littérature chinoise Livre

Baguettes Chinoises de Xinran

Je vous ai déjà parlé de Xinran sur le blog et de son livre « Mémoire de Chine ».

« Mémoire de Chine » est un recueil de souvenirs de personnes qu’elle a pu rencontrer pour un sujet spécifique. Pour ce qui est de « Baguettes Chinoises » on est plus dans le roman même si l’histoire est tirée de personnes qu’elle a pu rencontrer. 

Je vous parle de ce livre mais je sais déjà qu’il est connu par pas mal de Jiaozi. En fait beaucoup de Jiaozi me l’avait conseillé mais le résumé ne m’avait vraiment pas enchanté, d’ailleurs quand je le relis je ne sais pas pourquoi il ne me disait rien à l’époque.

Résumé :

« Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre ! »

C’est ce cri qui a donné envie à Xinran d’écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville.

Sœurs Trois, Cinq et Six n’ont guère fait d’études, mais il y a une chose qu’on leur a apprise : leur mère est une ratée car elle n’a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu’un numéro pour prénom. Les femmes, leur répète leur père, sont comme des baguettes : utilitaires et jetables. Les hommes, eux, sont des poutres solides qui soutiennent le toit d’une maison.

Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s’ouvrent sur un monde totalement nouveau ; les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants…

Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et quand l’argent va arriver au village, leur père sera bien obligé de réviser sa vision du monde.

C’est du cœur de la Chine que nous parle Xinran. De ces femmes qui luttent pour conquérir une place au soleil. De Nankin, sa ville natale, dont elle nous fait voir les vieilles douves ombragées de saules, savourer les plaisirs culinaires et la langue truculente de ses habitants. Et d’un pays, la Chine, que nous découvrons par les yeux vifs et ingénus des trois sœurs, et qui nous étonne et nous passionne car nous ne l’avions jamais vue ainsi.

C’est l’un des livres que l’on m’a offert lors de mon départ, il me reste à vous parler d’un dernier livre puis promis cette « phrase d’accroche » est finie ! J’étais contente de le recevoir car j’aime beaucoup Xinran. J’aime ses sujets, j’aime la manière dont elle écrit, ce qu’elle nous fait ressentir, les messages qu’elle fait passer. Il y’a d’ailleurs d’autres livres de Xinran que j’aimerais avoir mais celui-ci lorsque je l’ai reçu j’ai vraiment faint d’être heureuse. 

Et bien j’étais tellement malheureuse de le recevoir que je l’ai fini en 1 semaine ! Je l’ai littéralement dévoré !
Inutile de vous redire de quoi ça parle car le résumé fait bien son travail. On accompagne donc les 3 soeurs (Trois, Cinq et Six) dans leur recherche du bonheur et de la reconnaissance hors de leur village dans cette immensité que représente Nanjing pour des petites campagnardes qui toutes leurs vies n’ont entendu qu’elles n’étaient bonnes à rien car elles étaient des femmes, des « baguettes ». Et on voit que pour sortir de cette société patriarcale bornée, ces jeunes demoiselles font des efforts incommensurables et pas des moindres : s’adapter aux moeurs et aux caractères des gens de la ville. Cela peut paraître très simple pour nous car l’écart entre nos campagnes et nos villes en France n’est pas si grand mais en Chine c’est une autre paire de manches ! C’est un tout autre monde, une toute autre culture (comme vous avez pu le voir dans mon article « Si la Chine était un village ». Lien), de toutes autres moeurs et une toute autre manière de penser. Et ce même encore à l’heure actuelle. La diversité de la Chine est quelque chose d’extraordinaire et de mystérieux dans nos yeux d’étrangers mais au sein d’un pays aussi immenses qui a déjà des différences entre chaque province/chaque villes/chaque ethnie cela peut créer de grands fossés. Et j’ai même envie de dire que ce fossé pourrait même ressembler aux différences France-Chine. Mais voir ces jeunes femmes se battre et redoubler de forces pour se faire une place et exister à travers tout le roman je trouve que ça nous donne une hargne d’enfer !

Ce livre nous fait nous rendre compte également de la place de la femme en Chine. Dans les villes, ça s’améliore petit à petit même si on est familier avec l’appelation « Shengnv » que l’on donne aux femmes qui ont passé l’âge de se marier, d’avoir des enfants et qui sont très concentrées sur leur travail. On pourrait dire que ce sont l’équivalent de nos « Catherine » mais c’est encore pire que ça quand on en connait le fond. En plus de ne pas être mariée et de ne pas avoir d’enfants malgré leur « âge avancé », les Shengnv sont comparées à des castratrices. Elles gagnent plus que les hommes, ont des hauts postes et ont plus de compétences qu’eux donc elles leur font peur. Généralement les familles de ces jeunes femmes demandent alors à celles-ci de prendre un métier un peu moins plaisant et moins rémunérer afin de se mettre en dessous des hommes et qu’elles ne soient pas trop puissantes au sein de la famille. J’ai déjà entendu une de mes anciennes manager se faire appeler Shengnv, en plus que celle-ci n’habitait pas avec son mari alors imaginez-vous ! J’ai aussi pu renconter des hommes qui ne voulaient pas que leur future femme gagnent plus qu’eux afin de ne pas perdre la face étant donné que c’est normalement l’homme soutient la famille. Mais dû aux changements constants des grandes villes (mixité qui se fait petit à petit au sein de la population, l’ouverture au monde grâce aux jeunes qui partent à l’étranger etc…), les modes de pensées et les moeurs évoluent progressivement. Je dirais que sur un point, l’égalité homme-femme en France n’est pas mieux qu’en Chine. En Chine, les hommes et les femmes qui font un même travail sont payés de manière égale alors qu’en France inutile de vous répéter ce qu’on lit déjà depuis plusieurs années : les femmes sont payés en dessous des hommes. Vous imaginez même pas la tête qu’a tiré Panda lorsque je lui ai dit ça ! Pour un pays tel que la France, à ses yeux, il était impossible que la Chine ait des droits que la France n’ait pas. 

Alors si c’est comme ça dans les grandes villes Chinoises, imaginez dans les plus petites villes et dans les campagnes…

D’ailleurs il y a deux passages qui m’ont fortement marquée dont une qui est en relation avec ce que j’ai écrit plus haut. Le premier passage étant celui sur les employés et les employées, je vous écris un petit passage ici et il résonne en tête lorsqu’on le lit :

«  »

Le deuxième c’est quand Cul-de-bouteille donne un conseil à Six à propos de certains sujets « Nous avons deux oreilles pour pouvoir écouter les deux sons de cloches et se faire ensuite son propre avis ». Je pense que c’est quelque chose d’autant plus marquant car malgré la force de caractère de Six et son ouverture sur le monde dû à son amour pour l’anglais, elle est pour certaines choses bloquée dans sa mentalité campagnarde. Cinq est aussi celle dont l’évolution m’a le plus marquée car n’étant pas considérée aussi intelligente que ses sœurs, voire même un peu simplette, elle nous montre qu’elle est capable de faire de grandes choses. Elle m’a pas peut-être pas une intelligence « littéraire » mais elle est très manuelle, elle sait réfléchir et pour moi c’est elle nous montre « qui est la baguette et qui est une poutre »

Tout ce qu’on vécu Trois, Cinq et Six proviennent tous les témoignages que Xinran a recueilli. Cependant Xinran a pu connaitre 3 femmes, différentes personnes et non des soeurs, qui ont eu les mêmes travails que ces dernieres. A la fin du livre, vous pouvez connaitre ce qui leur est vraiment arrivé. 

Il n’y a pas vraiment de mauvaises situation qui se soient produites dans le livre, sauf avec Deuxième Oncle, et je m’attendais à ce que l’une d’entre elles vivent de très mauvaises expériences. Par exemple, vu que Cinq travaillait dans un sauna je pensais que c’était un endroit pour la prostitution. Mais avec tous les livres un peu dur à lire que j’ai lu avant ça m’a fait du bien de lire un « happy ending ». Même si j’imagine bien que toutes ces femmes ne le vivent pas toutes.

Contre toute attente, et comme pour le Palanquin des Larmes, j’ai vraiment mal jugé ce livre et je l’ai au final adoré. D’ailleurs je pense qu’au final je vais également m’acheter le livre « Chinoises » pour lequel j’ai le même avis. Je vous conseille vraiment ce livre qui est une petite pépite de courage, de force, de compréhension de moeurs chinoises mais aussi de féminisme 😉

Baguettes Chinoises de Xinran aux Editions Philippe Picquier 

Prix : 8,10€

Où le trouver ? Lien

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