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La mort en Chine

Pour les Jiaozi qui me suivent sur Instagram, vous devez savoir que j’ai eu une passe difficile hier. Ma grand mère n’allait pas très bien et elle était sur le fil du départ dû à un caillot dans l’artère coronaire. Malheureusement, elle est trop faible pour avoir une opération qui aurait pu libérer le caillot. Ma grand-mère a 84 ans et, malgré son bel âge, a eu une vie des plus compliquées. Bien sûr viendra un jour le moment de son départ mais, outre sa mort, je fais face à beaucoup d’autres sentiments à cet égard. Sentiments que je garderai pour moi car cela touche au privé.

Bref je reviens vers vous pour vous parler de la mort ou plutôt de la manière de voir la mort en Chine. Pendant longtemps, et je pense même pouvoir dire jusqu’à maintenant, il était interdit de prononcer le mot « mort » ou de parler de sa propre mort ou de celle des autres en Chine. Cela est considéré comme pas auspicieux. D’ailleurs, la superstition la plus connue est celle du chiffre 4 qui se prononce comme le mot mort et qu’on ne trouve par exemple dans aucun bâtiment. Dans la Cité interdite, c’était un mot qu’il était interdit de mentionner. D’ailleurs, il était également interdit de rendre hommage (et encore moins fair brûler le papier monnaie) aux personnes qui venaient de mourir. Au sein de la Cité interdite, seul l’empereur au moment de son départ avait le droit à une célébration.

Je remarque que quand je suis avec ma famille on parle beaucoup de la mort. La mort de mon grand-père nous ayant probablement affecté nous en parlons beaucoup. Nous parlons de ceux qui nous ont quittés, nous retenons difficilement nos larmes quand on parle d’eux et on parle d’autres choses non plaisantes comme le fait d’avoir une sépulture, un caveau, comment on veut finir etc… Je vous rassure on en parle pas toujours mais ça revient souvent sur le tapis. La dernière fois, j’ai appelé le cimetière de ma famille pour me renseigner sur notre caveau. Le gardien m’a dit « vous avez raison Madame de vous en inquiéter jeune, car après on y pense pas et c’est au dernier moment que cela devient compliqué ».

La mort, personnellement, j’y ai toujours pensé. J’en ai une peur bleue. Comme tout le monde vous allez me dire mais moi c’est au dessus de tout comme on me le dit souvent.

Je me souviens comment j’en suis venue à y penser. J’avais 8 ans et j’étais en train de dormir. D’un coup, je me réveille pour épeler le mot « M-O-R-T ». À cet âge, j’avais la lubie d’épeler des mots sans que j’en connaisse le sens. Je suis allée voir mon père et ma mère, en pleine nuit, pour leur demander qu’est-ce c’était la mort. Mes parents m’ont dit « C’est quand les gens partent ». Il ne m’en a pas fallu plus et je suis partie me rendormir. C’est après que tout a commencé. La peur incontrôlable. Je ne dormais plus, j’avais peur, j’angoissais alors que je n’avais que 8 ans. Pourtant je n’ai vécu mon premier départ que 7 ans plus tard. Je n’avais eu aucun contact avec ce phénomène avant. Pour me calmer, mon père me disait que lorsque je serais grande, les scientifiques trouveront un moyen pour que je puisse vivre éternellement. J’avais enfin trouvé la paix. J’y ai cru longtemps… très longtemps… Et puis j’ai compris que je n’y couperai pas non plus. Depuis lors, je fais de grosses crises d’angoisse à me rouler par terre quand j’y pense. Comme si j’étais atteinte de démence. Je suis de nouveau incontrôlable, je ne peux pas entendre ce sujet dans une conversation sous peine de ressentir un mal-être digne du tableau « Le Cri » et de mettre du temps à m’en remettre. Je demande à parler d’autre chose. 2021 l’année de mes 30 ans, l’année d’une autre décennie, ça s’est aggravé. Du 1 janvier à début Novembre, j’etais insomniaque. Impossible pour moi de m’endormir sans y penser. Je regardais alors 蜡笔小新 Crayon Shin-Chan, 喜洋洋灰太狼 Xi yangyang afin d’avoir l’espoir de finalement me reposer un peu. Le dessin animé Molang m’a permis bien des fois de me rendormir paisiblement alors que je me réveillais en transe.

Au début je ne comprenais pas. Si on ne parle pas de ceux qui sont partis, comment peut-on encore faire vivre leur mémoire ? N’est-ce pas les faire disparaitre une deuxième fois ? Si on ne parle pas de nous une fois partie, que laissera-t-on derrière ?

Panda me disait « j’ai jamais entendu ma mère parlait de mon arrière grand-père depuis qu’il est mort. Même pas des souvenirs. Et c’est pareil pour toute ma famille ». C’est lui qui m’a appris qu’on ne parlait pas de ces choses en Chine, que ce n’était pas auspicieux mais aussi que cela évitait d’avoir de la peine. C’est vrai, Panda ne me parle jamais de Lao Nainai. C’est toujours moi qui la mentionne.

Parler de mes proches partis me permet de laisser une trace d’eux sur Terre, de plus tard les faire connaître et peut-être créer un lien plus puissant que le temps. Je n’ai pas connu mes arrières grands-parents mais grâce aux récits de ma famille, je les aime tout autant que si je les avais connu. Et en quelque sorte, ils continuent de vivre à travers moi et continueront tant que je les mentionnerai.

Mais plus le temps passe, plus je me rends compte qu’il est peut-être mieux de ne pas parler de la mort et, sans la rendre tabou, faire en sorte d’y penser le moins possible en n’en parlant pas et en ne parlant pas de ceux qui sont partis.

Je ne sais toujours pas où me positionner mais maintenant je comprends peut-être mieux la pensée chinoise qui est de moins en parler pour ne pas avoir à s’en préoccuper et se ronger les sangs…

Je m’excuse tout d’abord pour les possibles fautes de cet article. Je l’ai écrit dans l’inspiration et en même temps en allant sortir Saikichi et en gardant un oeil sur lui ce qui est vraiment pas simple. Vous aurez également compris qu’au vu de ma position sur le sujet, je ne souhaite pas ouvrir un débat mais peut-être vous donner un peu plus d’informations sur la pensée chinoise.

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